Search
  • Le Nouvelliste

L’ingérence doit se réinventer



Les élections de 2015 avaient bien commencé. Dans un bon esprit. Tous les acteurs politiques s’y sont mis l’année dernière à pareille époque. On a pu être troublé par des décisions prises par des organes contentieux du Conseil électoral ou par les conseillers eux-mêmes, mais jusqu’au début du mois d’août 2015, on espérait un dénouement heureux des scrutins tant attendus.


Le 9 août, beaucoup ont déchanté. La violence, un processus boiteux mis en place sans tenir compte des tours et détours du décret électoral (les mandataires manquants faute de carte d’identification), les contrecoups de l’absence d’une campagne de motivation adéquate, tout va se liguer pour faire des perdants et des coquins les vrais gagnants de la journée.


Quand, après la clôture de la journée électorale, Pierre-Louis Opont, président du CEP, présente le bilan, on est loin de penser qu’il ne fait que reprendre les statistiques de l’OCID qui ne couvre que les toutes premières heures de ce dimanche 9 août. Opont opère ce soir-là une distorsion de la réalité et ne pourra plus arrêter de le faire jusqu’au 22 janvier 2016.


Mais cela, on était loin de se l’imaginer à l’époque.


Des voix se sont élevées, en dépit de nombreuses prises de positions en faveur de la table rase, pour dire de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. De bonne foi, on a cru, ici comme ailleurs, que l’on pouvait corriger les erreurs et faire mieux la prochaine fois.


Puis vint le 25 octobre.


À la fermeture des bureaux de vote, les commentaires des Port-au-Princiens étaient unanimes : la journée s’est bien passée. Les observateurs des questions électorales ont été plus prudents, invitant à attendre les nouvelles du pays en dehors, le dépouillement, la publication des résultats et les recours divers qui sont devenus autant d’étapes à prendre en compte avant de statuer sur la qualité d’une élection en Haïti. D’autant qu’un déferlement de mandataires avait submergé tous les espaces de votation ce 25 octobre.


La prudence et la patience ont payé. Pour le pire.


Les premières protestations se sont élevées deux jours plus tard. Puis les accusations. Et les manifestations. À chaque fois qu’une dénonciation éclatait, le Conseil électoral se retrouvait dans ses petits souliers. Même sans preuves probantes, le CEP était désarmé, incapable de convaincre, de se convaincre que tout allait bien dans la meilleure des élections. Quand une vérification au Centre de tabulation révéla des irrégularités, le vase déborda. Les jours, puis les semaines, puis les mois passèrent et n’arrangèrent rien au tableau général.


De retards en reports, jusqu’à l’annulation sine die des élections du 24 janvier 2016, le pays ne put se faire une religion sur ce qui s’était vraiment passé le 25 octobre 2015. Chacun garde depuis ses convictions, ses espérances ou ses dénonciations.


Le temps a passé, une commission d'évaluation a fait son œuvre. On a changé de président. Les élections restent encore une pomme de discorde entre ceux qui souhaitent continuer sans vérifier et ceux qui veulent vérifier pour ne plus continuer.


Après avoir accompagné le président Michel Martelly dans ses errances démocratiques et après l’avoir encouragé à tenir, en dépit de toutes les évidences, les élections en janvier 2016, la communauté internationale est de retour pour parler de la poursuite du processus électoral comme si rien ne s’était passé entre le 9 août 2015 et le 22 janvier 2016, le jour où Pierre-Louis Opont a décidé de stopper la machine bringuebalante du CEP.


Bien avant la débâcle du Conseil électoral de 2015, tous les observateurs se demandaient quel logiciel anime le Core Group, cet aréopage d’ambassadeurs représentant les plus puissants amis d’Haïti. Mauvaise lecture de la conjoncture en Haïti, appréciation douteuse des forces politiques en présence sur le terrain, retards incompréhensibles dans les réactions et une confusion dans les rôles des uns et des autres ont fini par rendre ce cénacle suspect soit de défendre des intérêts particuliers, soit de n’avoir aucune vision de la situation en Haïti tout en s’entêtant à vouloir donner des directives, une direction, la marche à suivre.


Mais voilà, les élections de 2010-2011 ont laissé des traces. La gestion catastrophique de l’aide de l’après-séisme aussi. Nos amis les Blancs (comprenez par là tout étranger) n’ont plus le statut d’arbitre impartial et d’ami de la démocratie dont ils jouissaient il y a quelques années. Même pour la transparence et l’efficience, nous sommes de plus en plus nombreux en Haïti à douter de leur compétence, de leur clairvoyance.


La pire façon de parler d’élections en Haïti de nos jours est de faire tenir le discours par un ami étranger, un Blanc en l’occurrence. En nous poussant sur le chemin du plus fort puis en encourageant successivement le pike douvan, le pike kole et le tout voum se do, nos amis de la communauté internationale nous ont rejoints dans un tou won san fon électoral.


Que faire?

Reprendre le dialogue avant de donner les ordres. Reconstituer le cercle des amis de la démocratie, des élections et de la bonne gouvernance avant de remettre sur les rails la vielle machine des anciennes solutions.


Ce pays se meurt de l’absence d’un sursaut national et d’une défaite de l’ingérence.

0 views
Who's Behind The Blog
Recommanded Reading
Search By Tags
Follow "THIS JUST IN"
  • Facebook Basic Black
  • Twitter Basic Black
  • Black Google+ Icon