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  • Jean Claude Boyer

Ce qui attend les ministres

Dans l’euphorie de la désignation, le titulaire du portefeuille ministériel n’a pas pensé à ce qui l’attend, une fois qu’il aura pris fonction. Mon ami, le colonel Himmler Rébu, invité par Radio Métropole au début de la semaine du 29 mars à opiner sur la conjoncture, a lancé une prévention, une mise en garde aux membres du nouveau cabinet ministériel. L’intervieweur voulait savoir son sentiment sur les nouveaux ministres. Il répondit qu’il connaît quelques-uns, plus particulièrement Enex Jean-Charles, le Premier ministre, avec qui il a collaboré. Un homme d’une très grande compétence, bien imbu de ses dossiers. Puis, l’ancien officier de l’Armée devenu chef de parti lâche : «Je ne suis pas sûr que les ministres savent ce qui les attend dans les ministères.» Malheureusement, le journaliste n’a pas sauté sur l’occasion pour lui faire expliciter sa pensée.


J’ai suivi à la radio et à la télé les reportages sur les cérémonies d’installation des membres du cabinet. J’ai lu dans le journal que Me Aviol Fleurant, ministre de la Planification et de la Coopération externe, a tenu une réunion de travail avec les directeurs de service. Les rencontres de ce genre se sont, sans doute, multipliées durant la semaine. Au ministère des Sports, M. Abel Nazaire a fait, jeudi 31 mars, la tournée des différents services en vue de prendre contact avec le personnel. À la cérémonie d’installation déroulée le mardi précédent, 29 mars, le ministre Nazaire n’avait pas caché son objectif d’accroître la part du ministère dans le budget rectificatif. Au moins 2 ½ à 3%.


De son côté, Marie-Denise Claude, ministre à la Condition féminine et aux Droits de la femme a rendu visite aux marchandes de la Croix-des-Bossales, trop souvent victimes d’incendie et surtout de l’insécurité. En somme, chacun essaie de trouver ses marques. Pourtant, dans la réalité de la chose, la prise de contrôle d’un ministère est un exercice autrement plus difficile. S’y livrent de terribles luttes d’influence. Le directeur général ne digère toujours pas sa mise au rancart par l’ancien ministre. En clair, celui-ci aurait dû l’associer aux prises de décision. Alors, il ruminait une vengeance, dissimulant à peine son désir de tout chambouler une fois que le ministre sortant aura franchi la porte de sortie. Bien entendu, au nouveau titulaire il a offert sa collaboration. Il en est de même de l’administrateur qui n’attendait que l’occasion pour bien montrer que, détenant les cordons de la bourse, il a plus de pouvoirs que le directeur général lui-même. Aussi le nouveau ministre va devoir gérer ces contradictions pour ramener le calme dans la maison. D’autant que la mauvaise habitude de la remise en question des réalisations de l’ancien ministre a été prise. En effet, la passation de service une fois faite, l’administrateur s’empressera de redistribuer le matériel roulant. Le directeur général annoncera au personnel des contractuels que les contrats de service ne seront pas de sitôt renouvelés. Il sera aussi question de revenir sur des nominations récemment effectuées ou des transferts fraîchement décidés.


Himmler Rébu, parlant en connaissance de cause, a prévenu tout ce beau monde. Dès fois, le nouvel arrivant pose les pieds sur un terrain miné, mais ne le sait pas encore. J’ai lu dans le journal le discours de Johann Dithny Raton au moment de passer le maillet à Marc-Aurèle Garcia. Je me suis fait une idée de l’importance des directions techniques au ministère de la Culture. L’administration publique s’est beaucoup spécialisée et technicisée. Il n’empêche que les luttes d’influence la paralysent et détruisent l’efficacité. J’apprends que des manœuvres sont orchestrées ici et là en vue d’aboutir à la fermeture de centres de formation patiemment mis en place. Mais les nouveaux ministres ne se doutaient pas de la capacité de nuisance des forces du statu quo, le plus précisément de la « Nomenklatura ». D’ où la nécessité pour eux de jouer les équilibristes. Comme au Parlement, ils sont pris dans l’engrenage du ‘’give and take’’. Sans quoi c’est l’échec assuré de leur mission.

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