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  • Le Nouvelliste

L’urgence du dialogue politique…


Roberson Alphonse

Pour la énième fois, ce jeudi, le président Jocelerme Privert a souligné que la création d’une commission de vérification électorale était incontournable. Les secteurs consultés, à l’unanimité, veulent que la lumière soit faite sur les élections du 9 août et du 25 octobre, répète à qui veut l’entendre le président du quatorze février.


Son Premier ministre, Enex Jean-Charles, après s’être dit favorable la veille « à une certaine forme de vérification », s’est fendu, en marge d’une rencontre avec la commission Economie et Finances de la Chambre basse, d’une précision. Tout en métaphore. Lui et le président sont « sur la même longueur d’onde » sur la création de la commission de vérification, a-t-il insisté sans pour autant expliciter ce qu’il entend par « certaine forme de vérification ».


Le propos du Premier ministre Enex Jean-Charles sur « le consensus à construire » pour ne léser personne a au moins le mérite d’être clair. Partiellement tout au moins. Le remplaçant du pompier KP n’a pas dévoilé les voies et moyens pour construire ce consensus.


Serait-il favorable à des discussions politiques directes entre les acteurs politiques pour aménager un nouvel accord, des avenants à celui du 5 février 2016 ? Si c’est le cas, aura-il les coudées franches ? Pourra-t-il éviter des défections dans les rangs des députés proches du régime de Martelly qui l’avaient supporté ? Est-ce qu’il sera mis sous pressions par des parlementaires ? Nul ne le sait à ce stade. Entre-temps, quelque six mois après l’élection présidentielle du 25 octobre, des protagonistes qui ont rêvé de l’écharpe présidentielle campent sur leurs positions. Ils croquent à pleines dents la pomme de leur discorde.


Il y a ceux qui veulent continuer sans vérifier, ceux qui veulent vérifier pour ne plus continuer et aussi ceux qui croient pouvoir détricoter cette crise politique, œuvre du CEP Opont, de l’entêté président Martelly, des « criseurs » en mal de pouvoir, d’une partie influente de la communauté internationale qui, par peur du vide institutionnel total le 7 février 2016, avait donné son adhésion à la validation du pouvoir des parlementaires. Peu importe s’il y avait des affreux parmi eux. Peu importe si l’exercice a participé à garnir le camp des déçus de la démocratie à l’haïtienne.


Pour le moment, sans un dialogue politique direct avec les vrais protagonistes, c’est dans les rues que le conflit autour des élections de 2015 se portera à nouveau, sans se vider. Bien au chaud dans l’administration Privert, certains n’écraseront pas une larme si l’impasse perdure, dépasse le 14 mai, sans qu’il y ait un président élu au palais national. Des parlementaires, tout-puissants, les mains pleines de postes dans l’administration Privert, ne seront peut-être pas contre ce profitable statu quo.


L’inconnue, le grain de sable dans la machine, peut être la réaction de la population. Si les indicateurs économiques sont exacts, il ne serait pas surprenant de voir le peuple dans les rues, assiette et cuillère dans les mains pour crier sa faim. Il ne serait pas illusoire de rappeler que l'immense majorité de la population n’a pas validé le pouvoir de nos chefs. Le taux d’abstention lors des dernières élections illustre bien cette cassure.


Si les conditions objectives existent pour que le pays connaisse des manifestations pour les mêmes motifs que celles de 2008, appelées « émeutes de la faim », il y alors urgence que la Conférence épiscopale, le Forum économique du secteur privé, Religions pour la paix et d’autres forces organisées de la société civile poussent en faveur d’un dialogue franc. Il devient encore plus urgent de dialoguer car aucun des protagonistes n’a la force politique nécessaire pour terrasser l’autre.


La politique, dans notre cas, est trop vitale pour la laisser uniquement aux mains des politiciens. Ils sont souvent dans des calculs de survie, de favoritisme pour leur clan, leur chapelle politique. Cette vision à courte vue a montré ses limites. Il est aussi évident et navrant que le sursaut citoyen, démocratique, progressiste pour sortir le pays du trou n’est pas au rendez-vous. Pas encore tout au moins en Haïti où les résignés sont plus nombreux que les « indignés agissants ».

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