Search
  • Source Le Nouvelliste

Des réseaux de faussaires font la pluie et le beau temp dans l'administration publique



Le directeur administratif de l’OFATMA, un comptable senior et un chauffeur de l’institution sont « écartés provisoirement du service » en attendant l’aboutissement d’une enquête en rapport à la disparition de 9 chèques, dont la négociation de 7 chèques par des individus non encore identifiés représente un montant de 750 000 gourdes, a appris le journal de sources proches de la direction générale de l’OFATMA, le mardi 24 octobre 2017. Pour négocier ces chèques, il fallait au moins quatre signatures, dont celle du directeur général Agabus Joseph.


Or, ce dernier n’a signé aucun chèque, ont expliqué nos sources dont l’une évoque « la possibilité de faux en écriture ». Le 15 septembre, à la BNC de la Sonapi, sur la demande d’un comptable senior, le chauffeur en question a signé pour la réception de chèques de 4201 à 4300. Les chèques remis à l’administration de l’hôpital OFATMA ont été de 4210 à 4300 avec neuf chèques manquants. Le directeur médical de l’hôpital a appelé l’administrateur du bureau central aujourd’hui écarté. Ce dernier a « banalisé » l’absence de ces neuf chèques, ont expliqué nos sources, insistant sur le fait que le directeur général n’a pas été tout de suite mis au courant.


Le lundi 16 octobre, quand le directeur médical a constaté des retraits sur le compte de l’hôpital, il a mis l’administrateur du central au courant, a poursuivi une de nos sources. Après une réunion du directeur général avec les acteurs concernés, il a averti la ministre des Affaires sociales le 18 octobre. La BNC, informée, a pu geler deux des neuf chèques, a aussi appris le journal, qui n’a pas encore contacté l’administrateur central de l’OFATMA sur ce dossier. Cette affaire intervient après « les cas de fraude » constatés dans les opérations effectuées sur le compte No 111205088 ouvert à la banque centrale au nom du ministère de l’Intérieur et des Collectivités territoriales, selon une correspondance du ministère de l’Economie et des Finances au ministre de l’Intérieur Max Rudolph St-Albin.


La correspondance au MICT a indiqué qu’« un chèque portant le No 65057 émis par le MICT d'un montant de 50.000 gourdes à l’ordre du Casec de la 9e section de Citronier (commune de Léogâne) a été encaissé deux fois à la banque pour deux montants différents : 50 000 gourdes et 3 132 000 gourdes. Les deux transactions sont effectuées le 28 septembre 2017 » ; 2) Un deuxième portant le No 65 059 émis par le MICT d'un montant de 50 000 gourdes à l’ordre du Casec de la 1re section de Haut Maribahoux (commune de Ouanaminthe) a été également encaissé deux fois pour deux montants différents : 50 000 et 3 150 000 gourdes. Les deux transactions effectuées les 25 et 27 septembre 2017 ; 3) le troisième chèque portant No 65 159 d'un montant de 1 215 000 gourdes a été encaissé le 29 septembre 2017 alors que ce numéro de chèque n’est même pas encore en utilisation et fait toujours partie des chèques vierges détenus par votre administration », lit-on dans cette lettre reçue au ministère de l’Intérieur et des Collectivités territoriales le 16 octobre 2017.


« De toute évidence nous sommes en face d’un gros réseau de faussaires.


Une enquête administrative a été menée sur le dossier saisi aussi par la justice », avait confié au journal le ministre de l’Intérieur et des Collectivités territoriales Max Rudolph Saint-Albin, qui regrette que ce dossier soit ébruité sur les réseaux sociaux. Cela pourrait faire fuir ces faussaires qui ont reproduit la signature du ministre et celle du comptable public au MICT, avait expliqué Max Rudolph Saint-Albin.


Entre-temps, le journal a appris que le commissaire du gouvernement s’est penché sur ce dossier. Pour le moment, aucune nouvelle infirmation n’a été communiquée au public.. «On met le cap sur la phase administrative de l'enquête. Cette première phase va faciliter l'identification des acteurs impliqués dans cette affaire», a confié au journal le commissaire du gouvernement, Clamé Ocname Daméus.


Pendant ces dernières années, la connivence entre des membres de l’administration de ministères avec des faussaires a été dénoncée dans la presse. Qu’il s’agisse du ministère de l’Education nationale, des TPTC, les cas ne manquent pas.


Pour le moment, le cas le plus emblématique est celui enregistré à l’APN. 143 chèques pour un montant de 10 millions de dollars ont été détournés. Pour détourner ces chèques émis à l’ordre de l’APN par l’agence maritime « Seabord Marine of Haïti S.A.», un réseau de fraudeurs a trouvé la bonne formule : avoir APN comme préfixe. Une entreprise dénommée « APNI/Import-Export » a ainsi été créée pour détourner de nombreux chèques émis à l’ordre de l’APN. Les chèques ont tous été rédigés manuellement tout en laissant un espace pour l’ajout de «I-IMP-EXP ». L'enquête a révélé que le sigle APN a été effectivement transformé en « APNI-Import-Export ayant un compte (#1241001015) ouvert à la Banque nationale de crédit (BNC). 143 chèques, émis entre le 24 janvier 2008 et le 18 juillet 2011, totalisant près de 10 millions de dollars, ont été ainsi détournés et déposés sur le compte de cette fameuse entreprise.


Si ces cas ont défrayé la chronique, il n’y a pas eu de procès retentissant à la hauteur de ces scandales. Beaucoup de rapports d'enquête de l'ULCC pourissent dans les tiroirs de plusieurs parquets de la République, a souligné une source du journal. "C’est inacceptable", a indiqué Pierre Espérance. A part le procès Léandre, il n’y a pas ou presque pas de procès de faussaires, de complices de faussaires nichés dans les administrations escroquées, a expliqué Pierre Espérance dont l’organisation, le RNDDH, fait un travail de monitoring des actions du pouvoir judiciaire entre autres. « Ici, c’est comme s’il fallait voler afin de trouver assez pour pouvoir monnayer sa libération », a suffoqué un justiciable outré mais encouragé et élogieux à l’égard des lanceurs d’alerte, ceux qui, grâce à un téléphone, à un « voice note », mettent le public au courant de méfaits gardés secrets jusqu’ ici.

6 views
Who's Behind The Blog
Recommanded Reading
Search By Tags
Follow "THIS JUST IN"
  • Facebook Basic Black
  • Twitter Basic Black
  • Black Google+ Icon