Search
  • jaygraphicsm2

Ce que coûte au pays un enseignant dans les écoles publiques

vec un salaire mensuel brut compris entre 17 200 et 43 000 gourdes, un enseignant dans la fonction publique ne bénéficie pratiquement d’aucun privilège ni d'avantage, sinon d’une assurance maladie. Comment fait-il pour répondre à ses besoins et à ceux de sa famille ?


Régina est enseignante dans la fonction publique depuis tantôt 12 ans. Elle a deux enfants qu’elle élève seule. Il ne faut surtout pas lui demander où est le père de ses enfants. Cela la met un peu en colère. « Il n’est pas là ! », répond-elle de façon laconique à cette question. Dans une école nationale à Port-au-Prince, Régina enseigne en classe de première année fondamentale de 8 heures du matin à 13 heures.


Avec les 17 200 gourdes de salaire mensuel qui deviennent 13 500 gourdes après les prélèvements des différentes taxes, cette dame dans la quarantaine, pour joindre les deux bouts, s’organise à avoir une autre activité parallèlement à l’enseignement. « En plus de mes deux enfants, je suis régulièrement sollicitée économiquement par d’autres membres de ma famille. Donc je suis obligée de mettre sur pied un petit commerce de produits de consommation », a-t-elle dit au journal.


« Non seulement on nous donne un salaire de misère, de plus, il n’est pas régulier. Le ministère va nous payer le mois de juillet en août », s’est-elle plainte.


Outre votre salaire, avez-vous des avantages et des privilèges dans l’exercice de votre fonction ? lui a demandé Le Nouvelliste. « Pardon Monsieur ! Vous avez dit privilèges ? Oui, le boni… », a-t-elle répondu en soupirant. Mais le boni, tout le monde y a droit, a souligné Régina.


Dans les lycées, le salaire des enseignants est un peu plus élevé, mais la réalité économique n’est pas différente. Olivil Pierriche enseigne la philosophie au Lycée Jean-Jacques. Pour les quelque 12 heures par semaine qu’il fournit, il reçoit un salaire mensuel brut de 26 400 gourdes. Sans une autre activité ailleurs, ce montant ne lui permettrait pas de donner à manger à sa famille, voire envoyer ses enfants à l’école, a-t-il fait remarquer.


« Je n’ai absolument rien comme avantages et privilèges », a fulminé Olivil Pierriche. « D’ailleurs, l’enseignant dans la fonction publique devait être qualifié d’office pour participer à la surveillance des examens et la correction, il n’en n’est rien », a-t-il tancé, dénonçant le fait que des surveillants et des correcteurs ont été recrutés sur la base d’accointance politique.


Olivil Pierriche est conscient que certains enseignants ne sont pas toujours à leur poste régulièrement. Mais, au Lycée Jean Jacques, a-t-il dit, l’enseignant ne peut ne pas venir enseigner.


Smith Petit-Homme a 23 ans de carrière dans l’enseignement public. Aujourd’hui, il est le directeur du Lycée Firmin à Port-au-Prince. En plus de son salaire mensuel brut de 43 000 gourdes, soit 32 000 gourdes après les prélèvements des taxes, il enseigne aussi la philosophie toujours au Lycée Firmin. Ce qui lui permet d’arrondir les angles à la fin du mois avec un chèque additionnel de 10 000 gourdes.


Selon lui, aucun directeur de lycée n’a d’avantages ni de privilèges particuliers. Normalien de profession et de formation, Smith Petit-Homme est aussi avocat. Il est obligé d’aller plaider dans les tribunaux afin de gagner un peu plus d’argent pour prendre soin de sa famille. À son absence, il confie la direction de son lycée à des censeurs. En principe, il dit travailler au lycée de 7h du matin à 5 heures du soir.


Pour avoir plus d’informations sur les enseignants, Le Nouvelliste est entré en contact avec le ministre de l’Éducation nationale, Pierre Josué Agénor Cadet, qui a référé le journal au directeur des ressources humaines du ministère, Jose Joseph.


Jose Joseph confirme que la grille salariale pour le fondamental 1 et 2 varie entre 17 200 et 21 600 gourdes le mois. « À ce niveau, il y a trois catégories d’enseignants. Dans la première catégorie il y a les recrutés ayant obtenu le certificat de rhéto et de philo. Les capistes font partie de la deuxième catégorie. Ils ont fait l’école normale des instituteurs, mais ils n’ont pas réussi l’examen d’État. Dans la troisième catégorie il y a des normaliens instituteurs détenteurs d’un diplôme d’État. Les deux premières catégories ont un salaire mensuel brut de 17 200 gourdes et la troisième 19 000 gourdes », a-t-il expliqué.


Dans les lycées, pour le troisième cycle fondamental et le secondaire, les enseignants ont un salaire mensuel de 13 200 brut pour 6 heures par semaine de travail, a-t-il ajouté.


Ceux qui travaillent à temps plein reçoivent 39 600 gourdes. Ils fournissent 20 à 22 heures de cours par semaine à l’État.


Le système éducatif dans la fonction publique compte 26 700 enseignants et environ 8 000 contractuels, selon des chiffres fournis par Josep Joseph.


En guise d’avantages et de privilèges, les enseignants de la fonction publique ont droit à l’assurance maladie, une assurance qui, selon eux, laisse à désirer puis qu’elle n’est pas acceptée chez certains médecins. Ils reçoivent 12 mois de salaire sur 10 mois de travail. Ils ont aussi droit à une pension après leur retraite.


Au décès de l’enseignant, sa famille reçoit de l’État haïtien une prime qui ne dépasse pas les 150 000 gourdes pour l’organisation des funérailles.


Malgré son faible salaire, un enseignant dans la fonction publique est de loin mieux traité que des enseignants dans la plupart des écoles privées en Haïti.

0 views
Who's Behind The Blog
Recommanded Reading
Search By Tags
Follow "THIS JUST IN"
  • Facebook Basic Black
  • Twitter Basic Black
  • Black Google+ Icon